Recouvrement de créances entre particuliers : la démarche à suivre
Mis à jour le 26/10/2026 · par Juliette Marchand
Prêt entre particuliers impayé ? La démarche complète : relance, mise en demeure, tribunal, injonction de payer et exécution par huissier.
Un ami ne vous rembourse pas les 800 euros avancés pour les vacances. Un voisin n’a jamais réglé la haie qu’il vous avait payée en liquide, en promettant le reste « la semaine prochaine ». Trois mois plus tard, la semaine prochaine n’est toujours pas arrivée.
Entre particuliers, pas de service de recouvrement dédié, pas de juriste d’entreprise pour relancer à votre place. La procédure existe pourtant, et elle suit les mêmes grandes étapes que pour récupérer une créance impayée en entreprise, en plus simple sur certains points.
Prêt non remboursé ou service impayé : d’abord la relance écrite
La première erreur, c’est de tout miser sur l’oral. Un coup de téléphone, un message sur WhatsApp, et on espère que ça suffira.
Ça ne suffit jamais quand le débiteur traîne depuis plusieurs mois. Il faut une trace écrite, datée, avec le montant exact et la date du prêt ou du service rendu.
Une lettre simple ou un e-mail fait l’affaire à ce stade. Rappelez la somme, la date, et demandez un remboursement dans un délai raisonnable : quinze jours suffisent généralement.
Gardez une copie. C’est elle qui prouvera, plus tard, que vous avez tenté une résolution à l’amiable avant d’aller plus loin.
La mise en demeure, l’étape qui change tout
Si la relance simple reste sans réponse, on passe à la mise en demeure. Ce n’est pas une formule magique, mais elle a un effet juridique précis : elle fait courir les intérêts de retard et prouve, en cas de litige, que le débiteur a été prévenu.
Elle se rédige en lettre recommandée avec accusé de réception. Le terme « mise en demeure » doit apparaître clairement, avec le montant, la date initiale de la dette et un nouveau délai, souvent huit jours.
L’accusé de réception est la pièce qui compte le plus dans tout le dossier. Sans lui, impossible de prouver que le débiteur a bien reçu le courrier. Scannez-le dès qu’il revient dans votre boîte aux lettres.
Saisir le tribunal : quelle procédure pour quel montant
Passé ce délai, et sans réponse, le tribunal devient la seule option. Pour une créance inférieure ou égale à 5 000 euros, c’est le tribunal judiciaire, souvent via la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances.
Au-delà, la voie classique s’impose, avec une assignation. Le montant change la procédure, pas le fond du dossier : il faut toujours la preuve de la dette et celle de la relance.
Un détail que peu de gens connaissent : pour les petites sommes, un huissier peut tenter une conciliation gratuite avant tout procès. Ça évite parfois des mois d’attente.
Les étapes du recouvrement entre particuliers
L’injonction de payer, la voie la plus rapide pour un particulier
C’est souvent la procédure la plus adaptée entre particuliers. On dépose une requête au tribunal, avec les pièces justificatives : reconnaissance de dette, échange de messages, relevé de compte montrant le virement initial.
Le juge l’examine sans audience. S’il accepte, le débiteur reçoit l’ordonnance et dispose d’un mois pour faire opposition. Sans opposition, l’ordonnance devient exécutoire.
Notre avis sur ce point : la requête ne vaut que ce que valent les pièces jointes. Un simple SMS « je te rembourse bientôt » pèse plus qu’on ne le croit, à condition d’en garder une capture datée.

Faire exécuter la décision : huissier et saisie
Une décision de justice ne récupère rien tant qu’elle reste dans un tiroir. Il faut la faire exécuter, et c’est là qu’un commissaire de justice (le nouveau nom des huissiers depuis 2022) entre en jeu.
Il peut procéder à une saisie sur compte bancaire ou sur salaire, dans les limites fixées par la loi. Une partie du salaire reste toujours insaisissable, pour garantir un minimum de vie décente au débiteur.
Les frais d’exécution sont en principe à la charge du débiteur. Autant dire qu’il vaut mieux qu’il ait de quoi payer, sinon la procédure coûte sans rapporter.
Ce que le créancier doit garder noir sur blanc
Toute cette démarche repose sur un mot : la preuve. Pas de papier, pas de dette reconnue juridiquement, même si elle est bien réelle entre vous.
Gardez systématiquement : la trace du prêt ou du service rendu, les relances envoyées, l’accusé de réception de la mise en demeure, et toute réponse du débiteur, même évasive.
Un dernier point, souvent oublié : la prescription. Une dette entre particuliers se prescrit en cinq ans à compter du jour où elle devient exigible. Passé ce délai, plus aucune action en justice n’est possible. Si ça fait quatre ans et demi que l’ami vous doit de l’argent, n’attendez pas un jour de plus.
Vous aurez besoin, à un moment ou un autre de cette procédure, de justifier votre identité ou de produire un document administratif annexe au dossier. Si une audience nécessite un témoin pour confirmer un prêt verbal, le formulaire d’attestation de témoin se remplit avant l’audience, pas le matin même.
Et si, de votre côté, c’est vous qui recevez une mise en demeure que vous jugez infondée, sachez qu’une contestation formelle existe aussi : le formulaire de requête en exonération répond à un autre cas de figure, mais il montre que la procédure française prévoit toujours un droit de réponse écrit, pas seulement un courrier qui tombe sans suite.
La mise en demeure est-elle obligatoire avant le tribunal ?
Pour l’injonction de payer, elle n’est pas toujours exigée formellement, mais elle renforce énormément le dossier. Sans elle, le juge peut estimer que la tentative amiable était insuffisante.
Peut-on récupérer une dette sans aucun écrit ?
C’est possible, mais nettement plus difficile. Un témoin, un virement bancaire identifiable ou un message récupéré sur le téléphone du débiteur peuvent suffire à faire pencher le juge.
Rédactrice · santé, logement, emploi
Juliette Marchand écrit les fiches santé, logement et emploi de formulaire.org. Elle part toujours du document que le lecteur a sous les yeux — le numéro imprimé en haut du formulaire — puis remonte à la notice officielle pour dire où l’envoyer, ce qu’il faut joindre et ce qui fait revenir un dossier. Quand l’organisme ne publie pas une information, elle l’écrit plutôt que de la deviner.



